Environ 300 personnes sont mortes pendant la guerre des patriotes Canadiens au Bas-Canada. On les célèbre à chaque année d'une fête nationale au Québec.
On estime que la déportation acadienne a fait entre 7 500 et 9 000 morts entre 1755 et 1763. Une oeuvre à leur effigie est installée en permanence à l'Université de Moncton.
Il y a quelques jours, on a découvert les corps de 215 enfants autochtones. Nous ne savons pas combien nous en trouverons ailleurs au Canada.
Je savais que le français était une langue colonisation… de
l’Afrique. Ce n’est que récemment que j’ai compris que le français est une
langue de colonisation du Canada. Tout au long de ma vie, j’ai été prise dans
le discours qui place les Canadiens français dans une lutte infinie pour leur
droit de cité au Canada, droit refusé à perpétuité par la majorité anglophone.
Ce n’est que récemment que j’ai compris qu’il est en fait question d’une lutte
coloniale entre Canadiens français et Canadiens anglais blancs, allochtones
pour le droit de domination sur des terres non cédées ou régies par des traités
non respectés.
L’histoire des écoles résidentielles meurtrières m’a fait
comprendre que la lutte coloniale est également une lutte pour le droit de
domination des corps, des âmes, des êtres humains déshumanisés. Même s’il n’existe
plus de bâtiments ayant cette colonisation pour raison d’être, les cicatrices
demeurent béantes. J’en suis responsable. Cette langue française qui m’a tant
bercée, qui a donné tellement de sens à ma vie, est une langue colonisation du
Canada. Reconnaître ma responsabilité dans le processus de guérison des effets
de la colonisation m’oblige à me décentrer, à voir comment mes années de lutte
pour l’égalité de fait du français et des communautés francophones et
acadiennes avec la majorité anglophone ont servi à cacher les horreurs humaines
de la colonisation d’hier à aujourd’hui.
J’ai mal à la langue. Langue de colonisation. Langue de
blessures. Langue de violence. Je ne te renie pas. Tu es mienne. Par toi je me
suis construite. Par toi, je dois reconnaître ma responsabilité et mes
privilèges et participer à la réparation de systèmes canadiens qui produisent et
reproduisent le pouvoir insidieux de la blanchitude et la hiérarchisation du
droit à l’humanité fondées sur la densité de mélanine dans l’épiderme*.
215 enfants éteints, leurs corps jetés dans un trou, jamais
oubliés par leurs familles. Leurs vies et leur morts ensevelies réussiront ils
et elles finalement à nous sortir de notre stupeur blanche?
· La
couleur de la peau « résulte d’un mélange des chromophores rouges
(oxyhémoglobine), bleus (hémoglobine désoxygénée), jaune-orangé (carotène, un
pigment exogène) et bruns (mélanine) ».
(Ortonne, J. P. (2012). Normal and abnormal skin color. In Annales
de Dermatologie et de Vénéréologie (Vol. 139 : S4, pp S125-S129).
https://doi-org.proxy.bib.uottawa.ca/10.1016/S0151-9638(12)70114-X )
Le mal est profond et partagé. Le plus blessant c'est le confort dans lequel nous continuons à vivre; un peu comme si l’histoire des premières nations était juste un conte de fées pour bercer le peuple canadien dans son sommeil. Ce sommeil d'ignorance et de passivité est aussi coupable de ces cruautés. Rappelons-nous Martin Luther King lorsqu'il parle du silence consternant des braves gens : "the appalling silence of the good people.” D'ailleurs, il me semble, et de façon irréfutable, que notre monde est désormais un village planétaire; et toute injustice, peu importe où elle se produit, est une menace pour la justice du village. Réveillons-nous ! Disons non à voix haute !
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