Je suis à l'aéroport de London, en Ontario. Quelle magnifique journée que je viens de passer avec une partie du personnel du Conseil scolaire catholique providence! La semaine dernière, c'était à Windsor, avec l'autre moitié du personnel. C'est dire comment grand est le territoire des conseils scolaires franco-ontariens : il leur est souvent difficile d'organiser une journée pédagogique qui rassemble l'ensemble de leur personnel dans un seul lieux. En plus de l'étendu de leur territoire, il y a également la difficulté posée par la grandeur physique de leurs écoles. En effet, là où certains conseils de la majorité réussissent de manœuvrer un certain pouvoir politique pour recevoir le financement pour des «écoles-châteaux», l'école dans laquelle j'étais aujourd'hui fonctionne avec au moins cinq portatives.
C'est dans ce contexte que j'ai parlé d'insécurité linguistique statutaire et formelle. L'insécurité linguistique statutaire est cette croyance que la langue de ma communauté est plus petite, moins importante, moins cool, que la langue d'une autre communauté linguistique. Pour les communautés francophones et acadienne du Canada, cette autre communauté est la communauté de langue anglaise. Les élèves de plusieurs écoles de langue française nous disent que l'anglais est plus cool. Des immigrants francophones remarquent rapidement que le français a un statut second au Canada, même s'il est une langue officielle. L'insécurité linguistique statutaire est donc ancrée dans la réalité des rapports de pouvoir entre les langues officielles du pays. Je dis bien relations de pouvoir et non représentation numérique.
En effet, en Afrique du Sud, la langue anglaise est la langue d'une communauté (blanche) numériquement minoritaire qui est, en même temps, linguistiquement majoritaire. Cette communauté détient le pouvoir sur les meilleurs universités et écoles, par exemple. Même après l’apartheid, l'anglais est la langue de prestige. Il en va de même pour la position du français en Haiti, là où la majorité de la population est créolophone : Lorsqu'il y a des tentatives d'introduire le créole comme langue d'enseignement, ou matière scolaire, les parents qui élèvent leurs enfants en créole y résistent fortement. Le français est la langue des plus riches, cette langue est ainsi associée dans l'esprit des parents à la mobilité sociale et à la réussite de leurs enfants.
Certains parents qui ont le français pour langue d'usage au Canada ont la même attitude et militent pour plus de présence de la langue anglaise dans les écoles de langue française. Dans un article, Landry et Allard ont suggéré que cela est le cas de francophones qui ont une 'naiveté sociale' pusqu'ielles croient que ce n'est qu'en donnant plus de place à l'anglais que leurs enfants deviendront bilingues. (Landry, R. et Allard, R. (1994). Profil sociolangagier des francophones du Nouveau-Brunswick. Études canadiennes, 37, 211-236.) Il est également possible de croire qu'au contraire, ces personnes ont une grande conscience sociale de l'importance de l'anglais pour le succès socio-économique de leurs enfants. Tout dépend de la perspective prise. Chose certaine, cette attitude est symptome d'une certaine insécurité statutaire.
L'avion m'appelle. Je reprendrai plus tard,
A+
Phyllis
vendredi 25 octobre 2019
mardi 22 octobre 2019
Dans les journaux
À lire, le propos de Sophie Shields et de Loula Daher, étudiante dans une école secondaire Franco-Ontarienne.
https://de-la-salle.cepeo.on.ca/wp-content/uploads/sites/16/2018/09/Le-_cavalier_mars_18.pdf
" Presque chaque école francophone en Ontario connaît des difficultés en ce qui a trait à la promotion du français parmi les élèves. Même chez nous à De La Salle, la langue majoritairement parlée dans les couloirs demeure l’anglais. Or, cette utilisation persistante de l’anglais entraîne diverses conséquences, et ce, non seulement sur la langue française en général, mais aussi sur la confiance en soi des jeunes".
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