vendredi 15 août 2025

Bonne fête à l'Acadie

 



Bonne fête à l'Acadie !


Bonne fête à toutes la population de langue française des provinces maritimes, que vous vous dites Acadiens ou Acadiennes, c'est votre, notre fête nationale aujourd'hui ! 
Une journée pour célébrer, mais également une journée pour réfléchir à notre avenir commun. Où allons-nous ? Comment allons-nous y arriver ? Quels moyens allons-nous nous donner ? 


Je lis souvent dans le groupe de discussion "ask anything Shediac" ou Dieppe, des personnes de langue anglaise se demander si on va les accepter à Cap-Pelé, à Shédiac, à Dieppe... À quelle école de langue anglaise on peut y envoyer ses enfants. En réponse, des personnes disent que le NB est une province bilingue, que tout le monde est bienvenue partout. Vraiment ? Depuis quand nous sert-on en français dans l'ensemble de la province ? Et que dire du silence du gouvernement au sujet de l'unilinguisme du gouverneur général ? Ou encore du mouvement anti-français qui a donné lieu à l'élection non pas une fois, mais deux fois du gouvernement Hicks ? 


En plus de proférer ce mot de bienvenue, on dit que les enfants de personnes qui ne parlent que l'anglais peuvent aller à l'école de langue française. On ne semble pas se souvenir pourquoi nous avons aujourd'hui deux systèmes scolaires linguistiquement distinctes au NB, voire dans l'ensemble du Canada. On ne se souvient pas, au NB, de l'histoire de Louis Mailloux ? Si les adultes francophones de la province acceptent d'emblée de parler anglais dès qu'une personne issue de la majorité anglophone est présente, comment penser que des enfants ne feront pas de même dès qu'un enfant qui ne parle pas français est dans sa classe ou sur la cours de récréation ? 
Je veux être transparente ici. Je suis fille d'un couple bilingue français/anglais. J'ai parlé anglais sur la cours de récréation de mon école. Je ne veux surtout pas mettre la responsabilité pour l'usage de la langue anglaise par les élèves ou par les adultes de langue française sur le dos des anglophones. Les francophones ont une grande responsabilité à cet égard. 


Or, nul ne peut nier que la langue anglaise est devenue (encore plus) omniprésente. Alors que j'étais en formation à l'enseignement à l'Université de Moncton, on disait que la langue anglaise ne s'apprend pas, elle s'attrape. Aujourd'hui, la langue anglaise a tellement de pouvoir politique, social et économique qu'elle fait presque partie du placenta des femmes qui donnent naissance en contexte minoritaire francophone au Canada. 


Depuis 2020, un nombre important de personnes de l'Ontario on découvert le NB et la possibilité d'acheter à petit frais (en comparaison avec l'Ontario) des terrains et des maisons le long de la côte acadienne du sud-est du NB ainsi qu'à Dieppe et à Memramcook. On les accueil à bras ouvert. Comme depuis longtemps, on parle en anglais pour assurer l'accueil de personnes de langue anglaise chez nous. Politesse oblige on disait. Si tel est le cas, pour quelle raison les membres des communautés de langue anglaise ne parlent-elles par le français pour assurer l'accueil des personnes de langue française.... à l'hôpital général de Moncton par exemple, ou encore à l'hôpital à St John ou à Fredericton, capital de la province ? Pour quelle raison faut-il insister pour avoir un gouverneur général qui peut s'exprimer en français au NB si la politesse oblige de parler la langue de la personne accueillie ?
Faut-il accepter que ces communautés s'anglicisent, que les drapeaux acadiens et le service en français dans les commerces disparaissent peu à peu. Est-ce que l'on accepte également que les écoles de langue française deviennent ... peu à peu ... des écoles d'immersion ??? 


Non, je ne suis pas contre l'inclusion de personnes qui parlent d'autres langues que le français dans ces communautés ! Bien au contraire. Je dis seulement que l'inclusion ne signifie pas oublier qui l'on est au profit des personnes qui arrivent. L'inclusion est un chemin à deux voies, celle des personnes qui arrivent, et celle des personnes qui accueillent. Il faut aussi reconnaitre que l'inclusion est d'avantage la responsabilité des groupes ayant le plus grand pouvoir. Si dans le cas de l'accueil des populations immigrantes de pays du sud, ce sont les communautés acadiennes du NB qui ont le plus grand pouvoir, dans le cas de l'accueil des personnes de la majorité anglophone du Canada, ce sont ces dernières qui ont le plus grand pouvoir. Or, les personnes de langue anglaise qui s'installent à Cap Pelé, à Beaubassin, à Shédiac, à Memramcook ou à Dieppe ne semblent pas du tout reconnaitre leur responsabilité d'apprendre la langue de leur communauté d'accueil.


Cette inclusion à deux voies doit donc se penser au niveau institutionnel et politique. Il est illusoire de vouloir compter sur la conscientisation des individus pour qu'elle se réalise. Après tout, très peu de personnes veulent faire de leur vie quotidienne une zone de guerre des langues, où il faut insister pour utiliser le français dans sa communauté à majorité francophone. Pour avoir fait ce choix, je peux témoigner à quel point cela est de plus en plus épuisant et exigeant sur les relations interpersonnelles, même avec des personnes francophones. Seules certaines personnes ont le loisir de faire ce choix.
 
Je propose qu'il faille penser une politique de francisation des personnes qui s'installent dans les communautés à majorité francophone. Au Nouveau-Brunswick, comme dans d'autres provinces canadiennes, il existe un politique linguistique. Or, le milieu scolaire ne peut pas servir de mur de soutènement devant la force hégémonique de la langue anglaise et la migration vers les communautés Acadiennes de personnes unilingues en cette langue. 
 
Il faut exiger des gouvernements Holt et Carney que la francisation des adultes non-francophones qui s'installent en zones francophone fasse partie de leur responsabilité dans un pays et une province officiellement bilingues. Cela doit tomber sous le mandat de protection de la francophonie inscrite dans la politique des langues officielles des deux paliers de gouvernement. Les municipalités peuvent être responsables de la mise en oeuvre de ces politiques dans le respect de leurs réalités locales, mais elles doivent recevoir le financement et des programmes nécessaires à cette mise en oeuvre.
 
Une chose est certaine, on ne peut pas protéger une langue qui n'a plus d'espace de pratique légitime, où les personnes porteuses de cette langue y voient une raison de la parler. Le français ne disparaitra de ci-tôt du monde, ni du Canada, mais pour combien de temps sera-t-elle une langue d'usage quotidienne dans le Sud-Est du NB, dans ces zones où des petites communautés acadiennes se sont installées en silence après la guerre des sept ans. Sur des terres peu recherchées par les loyalistes venus des ÉU. Maintenant qu'elles sont valorisées pour leur style de vie et l'accès à la côte, les communautés d'accueil devront-elles accepter une nouvelle expropriation, cette fois linguistique et culturelle ?
 
Qui insistera sur mise en oeuvre de politiques, de règlements et de lois qui
soutiendront la résilience langagière des communautés de langue français au Nouveau-Brunswick, seule province canadienne officiellement bilingue ? Si ces communautés s'anglicisent, qui votera pour vous Dominic LeBlanc ? Ou le prochain Premier Ministre francophone du NB ? Qui votera contre un gouvernement antibililnguisme ?
 
À lire dans  l'Acadie Nouvelle : Le silence pour sauver la langue? 

 https://www.acadienouvelle.com/chroniques/2025/08/12/le-silence-pour-sauver-la-langue/