J'ai terminé tout récemment d'écrire un rapport de recherche. Suivant la pratique habituelle, le rapport a été envoyé à une "professionnelle" pour une révision linguistique. J'étais prête à recevoir des corrections de langue (orthographe et grammaire), voire même d'anglicismes qui se glissent dans ma langue écrite comme dans celle de la majorité des francophones habitant en milieu bilingue. Après tout, dans mon métier, il faut lire plus souvent en anglais qu'en français. Même si j'écris plus souvent en français qu'en anglais, malgré le fait que ce serait mieux pour ma carrière de faire le contraire, je dois admettre être humaine et faire des erreurs.
Or, la "professionnelle" a jugé bon de remplacer "effectivement" par "en effet" (il y a une différence? Svp dites le moi si c'est le cas!). Selon la professionnelle, il est question d'assurer que ma langue soit soutenue. Ah bon! Alors, pourquoi avoir remplacer "apert" par "il parait"? Et comment expliquer la suggestion d'employer "X a porté des fruits" plutôt que "X a porté fruit"? Celui-là, je l'ai refusé! Ce n'est pas parce que l'Europe privilégie depuis peu la première expression que la deuxième est moins soutenue. Après tout, l'Europe utilise parking, manager, shopping, weekend, etc. Ces usages sont plus soutenues que stationnement, gestionnaire, magasinage, fin de semaine? Selon qui?
De plus, au nom du purisme linguistique, la "professionnelle" a remplacé "homologue anglophone" ou "homologue francophone" par "correspondant". Collègue, copain, élève, je veux bien, mais correspondant? Là encore, s'il y a quelque chose que je ne comprends pas, svp, expliquez le moi. Elle a également remplacé élémentaire par primaire, leader pédagogique par meneur pédagogique, variation linguistique par variété linguistique ou variante linguistique, curriculum par programme scolaire. sacs de littératie familiale par sacs de matériel de littératie familiale. Lorsque j'ai expliqué à cette professionnelle que ces termes sont d'usage courant dans mon domaine de recherche tant en Amérique qu'en Europe, (un peu plus et j'insistais pour qu'elle m'appel Dr. Dalley ou encore Dr. Phyl ;), elle n'aurait certainement pas accepté parce qu'en français, Dr. est réservé aux médecins ) elle a encore une fois répété que ces usages n'étaient pas soutenus puisqu'ils n'apparaissent pas dans le Petit Robert. Comment une professionnelle qui se respecte peut-elle se fier uniquement a un dictionnaire généraliste pour réviser un texte spécialisé? Comment peut-elle se fier uniquement a un dictionnaire de la France, sans consulter le Grand dictionnaire de la langue française qui consacre le français standard canadien? Si elle avait consulté ce dernier, elle se serait apperçue que CD est accepté au même titre que cédérom, que clavarder est tout a fait légitime. Au fait, elle aurait pu en profiter pour enrichir son vocabulaire.
Je suis tout de même fière de ne pas avoir plié l'échine (oui, c'est un mot, même selon le Petit Robert) et maintenu mon droit à ma langue!
lundi 6 décembre 2010
vendredi 19 novembre 2010
Université de l'Alberta
Il y a de cela quelques années, j'enseignais à l'Université de l'Alberta. J'y ai rencontré des étudiantes et des étudiants venu de divers régions de la province et du Canada pour étudier en français. La question de la langue légitime n'a jamais été aussi pregnante pour moi. Bien que je venais de terminer une thèse sur la reproduction de l'identité linguistique en Acadie, les tensions que j'y avait décrite ne se comparaient pas à celles de l'Alberta. En Acadie, la majorité des participantes et participants à ma recherche acceptaient la position privilégiée du français standard dans la société. En Alberta, la définition de ce français était un enjeux de tous les instants.
Dans mes classes, se trouvaient des étudiants des étudiantes et étudiants de l'Alberta (Nord, Centre et Sud), du Québec, de l'Acadie, du Congo, du Rwanda, de la Colombie Britanique.... Certains avaient fait leur secondaire dans une école de langue française au Canada. D'autres avaient fait leur parcours dans le programme d'immersion française. Finalement, un dernier groupe avait fait sa scolarité dans une école de langue français en Afrique. La salle de classe était un milieu linguistique riche en variétés du français. Or, loin de devenir une ressource, cette diversité est devenue source de tensions.
Dans mes classes, se trouvaient des étudiants des étudiantes et étudiants de l'Alberta (Nord, Centre et Sud), du Québec, de l'Acadie, du Congo, du Rwanda, de la Colombie Britanique.... Certains avaient fait leur secondaire dans une école de langue française au Canada. D'autres avaient fait leur parcours dans le programme d'immersion française. Finalement, un dernier groupe avait fait sa scolarité dans une école de langue français en Afrique. La salle de classe était un milieu linguistique riche en variétés du français. Or, loin de devenir une ressource, cette diversité est devenue source de tensions.
- Un étudiant à remis en question la note accordé pour un travail sous prétexte qu'il devait avoir une meilleure note que ses collègues puisqu'il parlait le vrai français.
- Une étudiante a dit que les élèves des écoles francophones de la région ne sont plus des francophones tellement ils alternent entre un lexique français et anglais au sein de la même phrase -- tout comme plusieurs de ses collègues de classe.
- Une étudiante est devenue silencieuse lorsqu'elle a réalisé que la norme de l'immersion française n'est pas légitime en milieu universitaire francophone: elle était la meilleure de sa classe au secondaire, mais avais du mal à passer à l'Université en raison de la "qualité" de sa langue.
- Malgré que le français soit sa langue première, un étudiant se disait trop faible pour enseigner dans une école francophone et se destinait plutôt à la classe d'immersion française.
- Une étudiante a refusé de travailler avec un autre qui parlait un français autre que le sien.
- Un professeur a indiqué préférer enseigner aux étudiants de l'immersion, ceux des écoles francophones étaient trop faibles.
- Au sujet des textes écrits pas ses étudiants africains, un professeur a dit: ils utilisent de bien beaux mots, mais ils ne disent rien.
vendredi 3 septembre 2010
Première histoire, la mienne
Je me souviendrai toujours de ma prise de conscience de la portée identitaire de mon nom: Nous étions en famille, chez mon père anglophone. Un de mes oncle a dit à mes parents qu'ils avaient bien fait de me donner un nom anglais, j'étais la seule de leurs enfants qui avait le caractère du côté anglophone de ma famille. Mon frère et ma soeur avaient des prénoms francophones et ainsi plus clairement francophones. Aujourd'hui, je suis consciente que mes comportements et habitudes ressemblent énormément à ceux de ma fraterie. Je m'entends parler comme ma mère en français et comme mon père en anglais, non pas dans la forme de mes langues, mon éducation m'a bien guérie de mes accents, enlevée les couleurs de mes origines, mais dans mes attitudes et dispositions. Or, enfant, je rêvais d'avoir un prénom francophone. Il me semblait que mon appartenance à deux langues/deux cultures serait davantage accepté: mon nom anglophone jumelé à un prénom francophone, quel bonheur. Je n'aurais pas à expliquer ad nauséam que je suis Acadienne! Voire même descendante de la déportation de 1755! Je suis néanmoins demeurée Acadienne, Canadienne et devenue Franco-Albertaine et Franco-Ontarienne d'adoption. Et féministe parce qu'il n'a jamais était suffisant que ma mère ait un nom acadien, il aurait fallu que mon père porte un nom francophone.... Mon militantisme pour la cause francophone m'ont vallu la reconnaissance d'une identité francophone. Anglophone? C'est moins clair. Demandons-nous toujours aux enfants et aux jeunes adultes bilingues vivant dans un pays bilingue de politiser à ce point leur identité avant de les reconnaitre? La dyade francophone/anglophone sur laquelle est construite le Canada oblige-t-elle que les jeunes choisissent une identité unitaire?
Pour y réfléchir davantage... http://www.acelf.ca/c/revue/pdf/XXXIV_1_082.pdf
Pour y réfléchir davantage... http://www.acelf.ca/c/revue/pdf/XXXIV_1_082.pdf
samedi 28 août 2010
Pourquoi ce blog?
Professeure dans une université située en milieu minoritaire francophone en Ontario, Canada, trop d'étudiantes et d'étudiants me font part de leurs difficultés à se faire reconnaitre comme francophones. Les raisons principales? Un accent qu'on croit anglophone, un nom de famille anglophone, un parler français qui s'éloigne d'une norme plus valorisée, un trop haut niveau de bilinguisme. Un francophone serait donc unilingue, de souche francophone claire, parlant une variété du français propre à une classe de gens quelconque ou encore à une langue écrite plutôt qu'orale. J'en ai marre de cette violence symbolique que subissent des étudiants et étudiantes qui ont choisi la continuité de leur communauté linguistique plutôt que l'assimilation vers l'anglais, langue dominante de leur province, et ce, aux mains même de ceux et celles qui sont appelés à reproduire et à produire la francophonie canadienne!
Ce blog se veut donc un lieu de résistance à cette violence. Vous êtes invités à y ajouter votre voix.
Ce blog se veut donc un lieu de résistance à cette violence. Vous êtes invités à y ajouter votre voix.
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