lundi 31 mars 2014

Une francophone n'est pas une francophone par un autre nom

Aujourd'hui, ce n'est pas à ma langue que j'ai mal, mais bien à mon identité. Moi et une doctorante venons de soumettre les noms de trois personnes pour considération à titre d'examinatrice externe par ma Faculté. L'étudiante a écrit sa thèse en français et je travaille uniquement en français à la Faculté. Toutes deux, nous avons des noms dont les origines sont anglo-saxonnes. Les trois personnes ciblées ont également des noms anglo-saxonnes. Cela fait maintenant huit ans que je travaille à ma Faculté et que je répète patiemment que ce n'est pas parce que mon nom est anglo, que je suis anglophone. SVP, communiquez avec moi en français! Et voilà que, moins de 5 minutes après avoir soumis les noms au bureau des études supérieures, l'étudiante reçois le message suivant: Je remarque que les trois examinateurs sont anglophones.  Seront-elles toutes en mesure de bien lire une thèse francophone sans problème?

Primo, la thèse n'est pas francophone, l'auteur est francophone et a choisi d'écrire en français. Si nous avions soumis des noms d'origine française pour une thèse écrite en anglais, nous aurions reçu la même question? Et si les noms n'étaient ni d'origine française, ni d'origine anglaise? Le Canada est, après tout, un pays marqué par une riche diversité culturelle et linguistique.

En Ontario, 68,3% des francophones mariés/en union libre ont formé une union avec une personne non-francophone. On leur accole l'étiquette de couple exogame. Je suis enfant d'un couple exogame. Je porte le nom de mon père, anglophone. J'avais espoir que la prochaine génération d'enfants de familles bilingues n'ait pas à lutter aussi férocement pour qu'on reconnaisse leur droit de se dire francophone, qu'on reconnaisse leur légitimité d'être. Nous sommes combien à vivre cette exclusion? Combien y tiennent suffisamment pour continuer à s'affirmer francophone malgré tout? On dit souvent que les anglophones assimilent les francophones au Canada. Dans le cas de ces francophones qui portent le nom de leur papa anglophone, difficile de dire que les anglos sont les gros méchants. Ce ne sont pas les anglos que me causent cette douleur devenue rage identitaire que j'ai vécu, hélas, encore une fois aujourd'hui.