lundi 7 juin 2021

215 vies éliminées

Environ 300 personnes sont mortes pendant la guerre des patriotes Canadiens au Bas-Canada. On les célèbre à chaque année d'une fête nationale au Québec. 

On estime que la déportation acadienne a fait entre 7 500 et 9 000 morts entre 1755 et 1763. Une oeuvre à leur effigie est installée en permanence à l'Université de Moncton. 

Il y a quelques jours, on a découvert les corps de 215 enfants autochtones. Nous ne savons pas combien nous en trouverons ailleurs au Canada.


Cela en a surpris plusieurs. Pourquoi ? Comment avons-nous pu passer l’ensemble de notre scolarité sans jamais connaître l’histoire de ces écoles meurtrières? Francophones, nous savons que l’école peut être un outil d’assimilation linguistique et culturelle. Nous savons que l’école est le lieu violent au regard de la variété linguistique que nous parlons. Nous savons que l’école au silence. Nous savons également que l’école peut être source de profondes cicatrices intergénérationnelles exprimées dans notre identité, notre être, notre sentiment d’acceptabilité et de légitimité.

Je savais que le français était une langue colonisation… de l’Afrique. Ce n’est que récemment que j’ai compris que le français est une langue de colonisation du Canada. Tout au long de ma vie, j’ai été prise dans le discours qui place les Canadiens français dans une lutte infinie pour leur droit de cité au Canada, droit refusé à perpétuité par la majorité anglophone. Ce n’est que récemment que j’ai compris qu’il est en fait question d’une lutte coloniale entre Canadiens français et Canadiens anglais blancs, allochtones pour le droit de domination sur des terres non cédées ou régies par des traités non respectés.

L’histoire des écoles résidentielles meurtrières m’a fait comprendre que la lutte coloniale est également une lutte pour le droit de domination des corps, des âmes, des êtres humains déshumanisés. Même s’il n’existe plus de bâtiments ayant cette colonisation pour raison d’être, les cicatrices demeurent béantes. J’en suis responsable. Cette langue française qui m’a tant bercée, qui a donné tellement de sens à ma vie, est une langue colonisation du Canada. Reconnaître ma responsabilité dans le processus de guérison des effets de la colonisation m’oblige à me décentrer, à voir comment mes années de lutte pour l’égalité de fait du français et des communautés francophones et acadiennes avec la majorité anglophone ont servi à cacher les horreurs humaines de la colonisation d’hier à aujourd’hui.

J’ai mal à la langue. Langue de colonisation. Langue de blessures. Langue de violence. Je ne te renie pas. Tu es mienne. Par toi je me suis construite. Par toi, je dois reconnaître ma responsabilité et mes privilèges et participer à la réparation de systèmes canadiens qui produisent et reproduisent le pouvoir insidieux de la blanchitude et la hiérarchisation du droit à l’humanité fondées sur la densité de mélanine dans l’épiderme*.

215 enfants éteints, leurs corps jetés dans un trou, jamais oubliés par leurs familles. Leurs vies et leur morts ensevelies réussiront ils et elles finalement à nous sortir de notre stupeur blanche?




·       La couleur de la peau « résulte d’un mélange des chromophores rouges (oxyhémoglobine), bleus (hémoglobine désoxygénée), jaune-orangé (carotène, un pigment exogène) et bruns (mélanine) ». (Ortonne, J. P. (2012). Normal and abnormal skin color. In Annales de Dermatologie et de Vénéréologie (Vol. 139 : S4, pp S125-S129). https://doi-org.proxy.bib.uottawa.ca/10.1016/S0151-9638(12)70114-X )