vendredi 19 novembre 2010

Université de l'Alberta

Il y a de cela quelques années, j'enseignais à l'Université de l'Alberta. J'y ai rencontré des étudiantes et des étudiants venu de divers régions de la province et du Canada pour étudier en français. La question de la langue légitime n'a jamais été aussi pregnante pour moi. Bien que je venais de terminer une thèse sur la reproduction de l'identité linguistique en Acadie, les tensions que j'y avait décrite ne se comparaient pas à celles de l'Alberta. En Acadie, la majorité des participantes et participants à ma recherche acceptaient la position privilégiée du français standard dans la société. En Alberta, la définition de ce français était un enjeux de tous les instants.

Dans mes classes, se trouvaient des étudiants des étudiantes et étudiants de l'Alberta (Nord, Centre et Sud), du Québec, de l'Acadie, du Congo, du Rwanda, de la Colombie Britanique.... Certains avaient fait leur secondaire dans une école de langue française au Canada. D'autres avaient fait leur parcours dans le programme d'immersion française. Finalement, un dernier groupe avait fait sa scolarité dans une école de langue français en Afrique. La salle de classe était un milieu linguistique riche en variétés du français. Or, loin de devenir une ressource, cette diversité est devenue source de tensions.

  • Un étudiant à remis en question la note accordé pour un travail sous prétexte qu'il devait avoir une meilleure note que ses collègues puisqu'il parlait le vrai français.
  • Une étudiante a dit que les élèves des écoles francophones de la région ne sont plus des francophones tellement ils alternent entre un lexique français et anglais au sein de la même phrase -- tout comme plusieurs de ses collègues de classe.
  • Une étudiante est devenue silencieuse lorsqu'elle a réalisé que la norme de l'immersion française n'est pas légitime en milieu universitaire francophone: elle était la meilleure de sa classe au secondaire, mais avais du mal à passer à l'Université en raison de la "qualité" de sa langue.
  • Malgré que le français soit sa langue première, un étudiant se disait trop faible pour enseigner dans une école francophone et se destinait plutôt à la classe d'immersion française.
  • Une étudiante a refusé de travailler avec un autre qui parlait un français autre que le sien.
  • Un professeur a indiqué préférer enseigner aux étudiants de l'immersion, ceux des écoles francophones étaient trop faibles.
  • Au sujet des textes écrits pas ses étudiants africains, un professeur a dit: ils utilisent de bien beaux mots, mais ils ne disent rien.

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